Lien entre foie et colère : explication biochimique

On entend souvent que le foie est lié à la colère, à l’irritation. « Te fais pas d’bile » me disait ma grand-mère…

Mais d’où cela vient-il ? À quoi sert notre foie ?

En médecine chinoise, les différents organes (principalement les émonctoires) de notre organisme sont liés chacun à un élément de la terre, à une couleur, un sentiment, un sens… Et devinez quoi ? Le foie est reconnu comme associé au sentiment de colère et de mécontentement. Son élément est le bois ; le vert met en mouvement son énergie, le vent la fait circuler, l’aigre la distribue et le rance provoque son ramassage (1).

Il est encore dit en médecine traditionnelle chinoise que la faiblesse hépatique (autrement dit, une fragilité au niveau du foie, qui se retrouve engorgé, encrassé, saturé de toxines du à divers facteurs tels qu’une surconsommation glucidique, la consommation d’acides gras TRANS, l’auto-intoxication par dysbiose intestinale, l’intoxication aux métaux lourds, …) se manifeste par des larmes et des cris. Ses forces, quand il fonctionne normalement, sont l’harmonie et la créativité.

Notre foie, contrairement à ce que nous pensons et comme l’affirme Béatrice Lévinson (naturopathe spécialisée dans la méthode GAPS), n’est pas un filtre mais un transformateur qui convertit les toxines en éléments neutres afin qu’elles soient éliminées (par nos émonctoires) dans les selles, les urines.

Notre foie a énormément de travail et représente en quelques sortes notre éboueur corporel. Sans lui, nous ne supporterions pas longtemps toutes les pollutions environnementales (alimentation non physiologique – conservateurs, acides gras TRANS, molécules de Maillard des aliments carbonisés/grillés, additifs alimentaires, conservateurs, colorants – pesticides, médicaments, pilule contraceptive, tabac, alcool) et internes (auto-intoxication bactérienne par dysbiose intestinale).

Mettons ceci entre parenthèses le temps de vous raconter comment j’ai établi un petit lien sympathique, disons biochimique, entre le foie en tant qu’organe et le sentiment de colère.

C’est lors de lectures (2) sur le lien entre les troubles intestinaux et les pathologies psychiques (schizophrénie, autisme, TDA/H, dépression, …) et physiologiques chroniques (sclérose en plaques, fibromyalgie, arthrose, polyarthrite rhumatoïde, syndrome du colon irritable, …) que j’ai fait la connaissance approfondie de Monsieur Tryptophane (Trp). Le Trp est un acide aminé essentiel, seul et unique précurseur (molécule à partir de laquelle on fabrique les neurotransmetteurs que sont la dopamine, l’adrénaline, la sérotonine, la mélatonine et l’acétyl-choline (3)) de la sérotonine. La sérotonine, hormone du bien-être et de la joie, est un neurotransmetteur synthétisé à 80% à 90% dans nos intestins (au niveau des cellules entérochromaffines du tube digestif, cellules « issues des ramifications qu’établit notre système nerveux vers le tube digestif » (4). Le Trp est apporté uniquement par l’alimentation, principalement les produits animaux de bonne qualité (fermiers, de préférence biologiques) et un peu dans le mondé végétal (ROSS, Mood Cure, p 28).

« Votre cerveau aimerait que vous sachiez que tous vos neurotransmetteurs sont composés d’acides-aminés. Quelque soit le bonheur qui vous est destiné dans la vie, vous ne le ressentirez qu’au travers des protéines. » (5)

Le Trp effectue, chez un individu en bonne santé, un chemin parsemé d’embûches dans l’organisme jusqu’à atteindre le cerveau et synthétiser dans nos neurones cette fameuse hormone du plaisir de vivre ; C’est dire qu’il nous faut un système digestif opérationnel et les problèmes graves induits par une dysbiose intestinale !

Quelles sont les obstacles rencontrés par le Trp pour atteindre la barrière hémato-méningée et nous rendre heureux ?

Raison 1 : le Tryptophane est en compétition avec d’autres acides-aminés.

En effet,  il est transporté par l’albumine dans le sang, qui transporte également les acides gras libres ! Au niveau de la barrière hémato-méningée, il entre en compétition avec d’autres acides-aminés : la valine, la leucine, l’isoleucine, la tyrosine et la phénylalanine. Pourquoi cela ? Parce que les transporteurs du Trp ont des affinités avec d’autres acides-aminés. Malheureusement, c’est toujours le Trp qui est lésé par rapport aux autres et qui « passera » en dernier. Cela est du au fait que

« Les molécules du tryptophane sont très grosses et donc plus difficiles à assimiler que celles, plus petites, d’autres acides-aminés. » (6)

Raison 2 :une dysbiose intestinale empêche sa digestion et son assimilation

Un déséquilibre intestinal rend difficile la transformation des protéines en peptides puis acides-aminés, et nous restons avec de grosses molécules protéiques difficiles à digérer ou à éliminer. De plus, notre muqueuse intestinale, devenue poreuse par la dysbiose, peine à produire des enzymes digestives, ici les peptidases et protéases. Ces dernières étant responsables de l’assimilation des protéines, le tryptophane est mal absorbé par notre intestin grêle. En effet, pour être assimilé, le Trp a besoin de transporteurs, le fixant dans les entérocytes (cellules en brosse de notre muqueuse intestinale). Ceux-ci doivent être en excellente santé, ce qui n’est pas le cas lors de déséquilibre intestinal. Pire, une partie du Trp est dégradée par la flore pathogène et se transforme en une molécule non assimilable : l’indican ! (7)

De plus, lorsqu’il y a une inflammation, une infection virale ou une auto-intoxication (tout ceci du à des organes et un système immunitaire affaibli par la dysbiose), une fraction du Trp est captée pour nos tissus.

Enfin, lors de l’arrivée au niveau de la barrière hématoencéphalique, le Trp a besoin de cofacteurs et d’enzymes pour être converti en sérotonine, et les récepteurs post-synaptiques doivent être fonctionnels. Or, les troubles digestifs, par les carences qu’ils induisent, diminuent le capital enzymatique, et potentiellement troublent ces récepteurs…

Raison 3 :une faiblesse hépatique entraîne une prise d’otage du tryptophane par notre foie

Lorsque nous souffrons de dysbiose intestinale, notre foie voit son besoin de détoxication augmenter. Il a énormément de travail de neutralisation des « poisons » étant donné qu’il est intoxiqué par les toxines libérées par la flore déséquilibrée (ou les bactéries, virus, champignons pathogènes prennent le pas sur la flore physiologique bénéfique) et par la virulence des toxines extérieures ayant raison de son système immunitaire complètement affaibli par sa dysbiose. Dans cette urgence et afin d’éviter l’auto-intoxication, il turbine pour neutraliser toutes les toxines et toxiques et pour ce faire a besoin de vitamine PP (dite encore B3 ou niacine). Or, pour en synthétiser 1mg, le foie a besoin de 60mg de Trp (8).

Notre foie détourne alors une grande partie de Trp pour ses besoins de transformateur, alors que cet acide-aminé tant désiré peine énormément à atteindre notre cerveau…

Conséquences : ce dernier, en manque de Trp, va produire un faible taux de sérotonine.

Que va entraîner un manque de sérotonine ?

Cela va entraîner de nombreux troubles tels que la dépression, l’anxiété, l’irritabilité et la colère ! La perception de la douleur augmente et le seuil de la douleur diminue… L’individu en manque de sérotonine sera plus anxieux, impatient, aura du mal à prendre du recul. En plus, il entraîne de grosses envies de sucre, en grande quantité, et surtout transformés et raffinés, ce qui provoque de l’excitabilité voire aussi des crises de colère. Pourquoi cette envie de sucré ? Il existe un moyen pour le Trp d’avoir le champ libre vers la barrière hémato-méningée en éliminant ses concurrents : l’insuline. Celle-ci, dont les pics sont provoqués par la consommation d’aliments sucrés ou à indice glycémique élevé, va se répandre dans le sang, ramassant sucres, graisses et acides-aminés et les transportant dans des cellules de stockage. Et

« la seule substance à laquelle l’insuline ne peut pas s’accrocher, c’est le tryptophane. » (9)

S’ensuit alors une sensation de bien-être étant donné que la sérotonine est produite de manière forte (mais temporaire…). C’est pourquoi les glucides transformés peuvent devenir une véritable addiction (des rats qui préfèrent le sucre à la cocaïne) et beaucoup de personnes en dépression (manquant notamment de sérotonine à cause de leur dysbiose intestinale) compensent sans le savoir par le sucre. Une dépendance peut se créer et entraîner des boulimies. Il en est de même pour certains sportifs en retraite qui, par manque de sérotonine qu’ils sécrétaient via leurs activités physiques importantes, compensent avec les sucres et peuvent prendre beaucoup de poids et ou faire une dépression. Enfin, la sérotonine elle-même est précurseur de la mélatonine, hormone du sommeil nous permettant de nous endormir. Et tout le monde sait qu’un manque de sommeil entraîne une fatigue, prompte à nous rendre irritable et à favoriser la colère…

Autre lien entre foie et colère : le sélénium

Un apport accru de sélénium entraîne bonne humeur et bien-être. Il a été prouvé que le sélénium soutient le foie en se liant et en en neutralisant les métaux lourds pour qu’ils s’éliminent plus facilement. Ainsi, cet oligo-élément, en soignant notre foie, améliore notre bien-être et limite alors les crises de colère.

Quelles solutions ?

Le mieux, si vous pensez souffrir d’un manque de Tryptophane, ou plus largement, de dysbiose intestinale et de faiblesse hépatique, est d’aller consulter un naturopathe qui prendra en charge une détoxication du foie, une restauration de la flore intestinale, une prise en charge de l’inflammation et une majoration de l’apport en tryptophane. Celui-ci peut être effectué par la prise de Griffonia, plante adaptogène riche en 5-HTP (Trp), à prendre en cure d’un mois avec 15 jours de pause. A éviter lors de conduite, de prise de la pilule contraceptive, de prise d’antidépresseurs. Une somnolence et de légers troubles intestinaux passagers sont possibles. Ne convient pas aux épileptiques et aux femmes enceintes ou allaitantes (10).

Sources

1: FAUBERT G. et CREPON P., La chronobiologie chinoise, Albin Michel, 1983, p 45.

2 : CAMPBELL MC-BRIDE N., Le syndrome entéropsychologique / KEITH L., Le mythe végétarien / RICHE D., Micronutrition, santé et performance.

3 : RICHE D., Micronutrition, santé et performance, De Boeck, Paris, 2008, p 96 et 99.

4 : Ibid, p 101 et 102.

5 : KEITH L., Le mythe végétarien, Ed. pilule rouge, 2013, p 216.

6 : CAMPBELL MC-BRIDE N., Le syndrome entéropsychologique, Centre de nutrition holistique, Cottens, Suisse, 20112011, p 307.

7 et 8: RICHE D., Micronutrition, santé et performance, De Boeck, Paris, 2008, p 101 et p 104.

9 : KEITH L., Le mythe végétarien, Ed. pilule rouge, 2013, p 218.

10 : DUBRAY M., Guide des contre-indications des principales plantes médicinales, Ed. Lucien Souny, p 150.

 

Lectures conseillées pour aller plus loin …

 

 

 

Lucie Morival

Étudiante en naturopathie, ancienne végétalienne, je me suis familiarisée avec la méthode GAPS il y a un an et aimerais grandement me spécialiser dans les troubles entéropsychologiques et entérophysiologiques (c'est-à-dire travailler sur le rétablissement d'une flore intestinale bénéfique par l'alimentation et une bonne hygiène vitale, la dysbiose intestinale étant la source de nombreux troubles...). Ce protocole, mis au point par le Dr Natasha Campbell-Mc Bride, neurologue et nutritionniste, permet de mettre sous silence de nombreuses pathologies psychologiques (autisme, schizophrénie, dépression, TDA/H, dyslexie, dyspraxie, ...) mais aussi des pathologies physiologiques dites chroniques (maladie de Lyme, candidose, fibromyalgie, sclérose en plaques, spondylarthrite ankylosante, intestin irritable, maladie de Crohn, intolérances alimentaires, etc.). Suivez-moi sur les réseaux : Youtube : https://www.youtube.com/channel/UCWSTvNg19EU2kxP7VrDOJxA?view_as=subscriber Instagram : lucie_gaps_lucie Facebook : https://fb.me/luciegapsnaturopathie

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